La transatlantique

Une fois notre safran remis en place grâce à l’aide de nos amis de Sea-You, nous faisons un dernier approvisionnement, nous remplissons à nouveau Carmina d’eau, et nous voilà prêts pour le grand départ. Notre première transat… Nous téléchargeons un dernier fichier météo qui nous annonce une météo favorable et une mer clémente. Le 26 décembre à 17h30, l’équipage du projet horizons quitte les pontons de Mindelo, direction la Barbade, un océan nous sépare, entre 15 et 20 jours de navigation sans voir une terre !

A peine sommes-nous sortis de la baie mythique des navigateurs, que nous nous retrouvons dans une mer très désagréable et un vent fort. Nous ne sommes pas très bien tous les deux, nous n’avons pas respecté la règle des 3 F pour partir serein en mer (Pour éviter le mal de mer, ne pas avoir Faim, Froid et être Fatigué).

Ce n’est pas la température qui nous dérange à cette latitude-là du globe mais bien la fatigue que nous avons accumulée au cours de cette dernière semaine (s’engager dans des réparations importantes les jours de fête n’est pas le plus reposant), mais également le fait de n’avoir pas pris le temps de se remplir le ventre depuis la veille, trop pressés de prendre le large ! Erreur de jeunes marins. Les deux premières nuits de transat nous offrent une mer pas grosse certes, mais très inconfortable. Cela ne nous laissera pas indifférent (surtout Marco…). Au bout de 40 heures de navigation, la mer se calme, nous pêchons notre deuxième dorade de la transat (des plus petits formats que notre prise au large des Canaries, la pêche au gros c’est sympa mais après il faut assumer les 10kg de poisson à manger).

Le vent se calme également… 10-12 nœuds pendant 2 jours, pour laisser place au grand calme. Nous qui avions prévu de prendre l’autoroute des tropiques, les alizés du nord-est jusqu’aux Antilles, nous voilà bloqués dans un trou de vent au beau milieu de l’océan. Dauphins et globicéphales viennent perturber nos lectures, nous cuisinons pour le nouvel an, nous nous reposons (beaucoup). Nous profitons d’une mer plate pour prendre des habitudes du quotidien comme à la maison, nous pouvons poser une bouteille ou un verre sur une table sans qu’ils tombent ! Là, à 800 milles du Cap-Vert, l’Atlantique ressemble à la baie de Quiberon par vent de nord : pas de houle !

Le vent tombe complètement une nuit, les voiles elles-mêmes ne tiennent plus. On affale tout, on se laisse dériver et dormons tous les deux. Au matin, nous sommes bien au milieu de cet immense grand bleu, cependant le vent n’a pas l’air décidé de revenir. Le soleil n’est pas très présent, nous décidons de nous aider du moteur pour quelques heures, cela ne fera pas de mal à notre avancée ainsi qu’à nos batteries. Après une baignade au-dessus de 5 km de profondeur et une bonne douche, nous voilà repartis. La nuit, le vent revient doucement, nous renvoyons les voiles, très vite 15-20 nœuds établis avec une mer plate, le rêve. Ils sont enfin là ces mythiques alizés !

Cela fait plusieurs jours que notre seul vêtement, de nuit comme de jour, se limite à un slip (qu’on change parfois), le vent permet de nous rafraîchir la journée. C’est agréable de voir Carmina avancer avec des moyennes à plus de 6,5 nœuds ! Nous enchaînons les journées à 150 milles, dès que notre frigo manque de poisson, nous remettons la ligne et dans la journée nous le remplissons. Les journées s’enchaînent : dodo, quart/dodo, déjeuner, sieste, lecture, harmonica/guitare, thé, film, diner, dodo. On en profite également pour refaire le monde, partir dans de grandes discussions sur notre avenir et évidemment contempler notre chance, remercier ce projet, ceux qui nous soutiennent : familles, entreprises et amis qui nous ont permis d’en arriver là, au beau milieu de l’océan atlantique, en plein cœur de notre rêve.

Au début, 15-20 jours de navigation nous paraissaient infiniment longs. Il est vrai que les premiers jours nous ont donné une mauvaise impression, et atteindre les 1000 premiers milles nous a pris du temps. Mais, une fois la première semaine passée, les jours défilent plus vite que les milles, nous sommes bien en mer, à la fois pressés d’arriver, reprendre contact avec la terre, nos familles, nos amis et les élèves du projet, pouvoir raconter … Mais nous sommes aussi tristes de voir défiler à toute vitesse ces moments privilégiés que nous offre l’océan.

On se dit qu’on n’arrivera jamais vraiment à expliquer comment c’était et pourquoi on était si bien au milieu de nulle part, là où ça bouge tout le temps, où nous sommes obligés de veiller toutes les nuits et où nos seules occupations se résument à la lecture et la sieste.

Au bout de 16 jours de mer, la voilà enfin qui se dresse devant nous : La Barbade. Nous n’avons pas vu une terre depuis les falaises arides du Cap-Vert et nous voilà face à une île luxuriante de végétation, ses plages blanches, ses cocotiers… On y est de l’autre côté !

Carmina va super bien, notre réparation du safran a très bien fonctionné, nous devons cependant la sortir de l’eau aux Grenadines pour refaire la peinture sous-marine. L’arc antillais est à nous pour 3 mois avant de nous diriger vers notre destination rêvée : Cuba.

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