Le retour, « de l’enfer au paradis » – Fin juin 2019

Le retour, « de l’enfer au paradis« 

Fin juin 2019

Notre dernière traversée du tour. Ça nous fait tout bizarre ! On est pressés d’arriver, de retrouver tout le monde, le vent froid et la mer inconfortable ne nous donnent pas forcément envie de nous éterniser en mer. Mais nous sommes sacrément nostalgiques. Neufs mois de mer, de voyages, de rencontres qui s’achèvent… Il faut les vivre à fond ces dix derniers jours seuls face à l’océan !

Une belle dépression se forme au large du Portugal (sur notre route), avec un vent de nord. Hervé de La Grande Lulu, passionné de météo et excellent régatier nous propose de nous router depuis les Açores (en fonction de la météo, il nous conseille par téléphone satellite sur les options de cap à prendre). Gillian, qui s’est fort intéressé à l’évolution des systèmes météo sur la deuxième transat, s’en donne à cœur joie et passe des heures à analyser les nuages pour mieux comprendre comment tout ça fonctionne et s’interroge: «ils faisaient comment avant, les Bernard Moitessier et Joshua Slocum sans prévisions météo? »

La dépression s’installe vite et nous positionne au près, au bout d’à peine 30 heures de navigation. Le bateau tape dans les vagues, le vent est irrégulier et nous changeons régulièrement les voiles. Plus nous avançons, plus la météo se dégrade. Hervé est désespéré pour nous. il nous conseille d’abattre au fur et à mesure que nous avançons dans la tempête. Il finit même par nous dire, après ses répétitifs « d’après mes fichiers météos, la situation s’est encore plus dégradée », « concrètement, faites ce que vous pouvez… ». On ne sait pas s’il faut rire ou pleurer de cette conclusion, mais nous finissons par en pleurer de rire !

Nous voilà dans le chaos, au cœur de la tempête. Carmina se transforme en sous-marin et les expéditions dehors sans se prendre une douche d’eau de mer sont très rares… Notre trinquette tient le coup à l’avant et notre grand-voile ressemble plus à un torchon qu’on aurait accroché à la bôme. Pour être plus confort, on abat encore, on vise maintenant Lisbonne… Il est très difficile de cuisiner dans de tels conditions et nous voilà réduits à finir nos réserves de nouilles chinoises. Par bonheur, nous avions décidé de garder d’excellents bocaux (cassoulet au confit de canard, coq au vin,…) offerts à notre départ par nos amis Claude et Pascale. Le déjeuner devient l’instant bonheur de la journée et nous réchauffe le cœur (et le corps, car il fait très froid).

Après quatre jours à affronter la baston, place au grand calme, la fameuse pétole sous le soleil. Gillian, MacGyver ou roi des surprises pour son co-équipier a confectionné une douche extérieure, à l’eau chaude !! Nous n’en avions jamais eu besoin jusqu’à présent sous le soleil des tropiques, mais là, il fait beau mais très froid. Quel bonheur de se laver à l’eau chaude après 5 jours de tempête à s’endormir dans des draps humides et salés!

On dit qu’en mer, l’enfer et le paradis son voisins; nous avons eu le droit au plus bel exemple de cette théorie bien réelle. Le vent remonte, mais cette fois-ci de sud ! On est au portant, voiles grandes ouvertes, le bateau est à plat et on file à 8 nœuds, sous le soleil. Et là, « baleine en vue ! ». Nous sommes au large du Cap Finistère (Espagne) et cette zone est réputée pour l’observation de cétacés. Un rorqual, puis deux, puis trois… C’est un véritable ballet de ces géants des mers qui viennent jusqu’à surfer la houle aux côtés de Carmina. Cette météo de rêve et nos nouveaux compagnons des mers nous portent jusqu’au phare d’Eckmühl, premier amer Breton que l’on aperçoit depuis neuf mois. Nous y voilà ! La nuit tombe, nous visons tranquillement l’archipel des Glénan où nous allons retrouver la famille de Marco qui nous attend au mouillage, sur l’île de Saint-Nicolas.

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